Analyse des résultats des élections du Bundestag 2017

Le résultat des élections au Bundestag contient de bonnes mais aussi de mauvaises surprises qui vont peut-être annoncer de profonds changements pendant la prochaine législature.

Alors que le CDU/CSU (Union des chrétiens démocrates et des chrétiens socialistes) gagne les élections avec son plus mauvais score depuis 1949 (32.9%), le SPD (parti socialiste allemand) enregistre son plus mauvais score de toute l’Histoire avec seulement 20.5% de votes et, ainsi, fait douter de son statut de parti populaire, qui habituellement dépasse les 30 %. Le parti << Die Linke >> (gauche radicale) et les Verts enregistrent chacun une faible hausse de 0.5 à 0.6 %. Ils se font néanmoins dépasser par le FDP (parti libéral), qui, grâce à une hausse de 6%, refait son entrée au Bundestag. Le résultat de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) de 12.6% fut un immense choc pour la majorité car il ne fait pas non seulement son entrée au Bundestag, il devient également la troisième plus grande force politique du pays.

Le taux de participation qui était de 71.5 % en 2013 atteint cette année les 75.9 % sur les 61.8 millions d’Allemands qui peuvent voter. Cette augmentation d’électeurs actifs a profité aux partis <<Die Linke>> et à l’AfD qui ont réussi à mobiliser près de 2 millions d’anciens abstentionnistes, dont 1.2 millions seulement pour l’AfD. Ainsi la majeure partie de l’électorat de l’AfD (environ 35 %) se compose d’électeurs qui n’avaient pas voté aux élections du Bundestag de 2013. 24 % de son électorat avait déjà voté pour lui en 2013, alors que 21 % de son électorat avait, à cette époque, voté pour le CDU/CSU. Ces résultats confirment une évolution quant aux choix de votes des électeurs qui pourra certainement s’observer sur le long terme. Ainsi les citoyens ne se rallient plus à un parti précis, mais au contraire ils se décident peu avant le vote. On remarque aussi une nette différence entre l’ex RFA et l’ex RDA en ce qui concerne les résultats. En ex RFA le CDU/CSU et le SPD dominent alors qu’en ex RDA le CDU/CSU est clairement sous les 30 %, le SPD n’arrive qu’en quatrième position et l’AfD, avec plus de 20 % des voix, atteint la deuxième place. En Saxe, l’AfD devance même le CDU/CSU.

L’effroi est grand en Allemagne car chacun se demande comment l’AfD a pu conquérir autant de nouveaux électeurs. Un sondage révèle que 60 % des électeurs de l’AfD ont voté en signe de protestation ou parce qu’ils étaient déçus des autres partis. Seulement 31 % des électeurs de l’AfD ont voté par conviction. Le programme du parti est approuvé cependant par 76 % de ses électeurs, qui redoutent de profonds changements sur le plan culturel, religieux, criminel si << rien n’est entrepris contre la terreur et l’afflux de migrants >>. L’AfD est soutenue en majorité par des ouvriers, par des chômeurs et par des gens qui se sentent en difficulté financière. Le statut de parti protestataire donne le rôle de justicier à l’AfD mais cela ne justifie rien. Martin Schulz ainsi que la majorité des politiciens n’en reviennent toujours pas de ces résultats. De tous les côtés de l’hémicycle on clame que, indépendamment des résultats, il est nécessaire de lutter ensemble contre la montée de l’extrême-droite au Bundestag et que la prochaine période législative doit être mise à profit pour redonner confiance aux électeurs allemands sur le plan économique et sécuritaire.

Cependant les préoccupations du Bundestag ne s’arrêtent pas là. Les résultats de cette élection appellent deux possibilités de coalition pour constituer la majorité politique mais, quelques minutes seulement après les résultats, le SPD a fait savoir qu’il n’était pas intéressé par la << Grande Coalition >> (SPD et CDU/CSU), l’unique alternative reste alors la << Jamaika Koaltition >> (FDP, les Verts, CDU/CSU). Cette nouvelle coalition (FDP, les Verts, CDU/CSU) souhaite promettre une nouvelle dynamique mais reste cependant risquée. La raison à cela est que les deux partis minoritaires (FDP, les Verts) présentent des idées diamétralement différentes et, lors de la campagne électorale, ils se présentaient ouvertement comme des adversaires. Cela ne conduit pas seulement à des négociations musclées quant à la construction de la coalition, cela pourrait également signifier un handicap notable au sein du Bundestag. Pourtant, 60 % des électeurs du FDP et 49 % des électeurs des Verts se prononcent en faveur d’une coalition avec le CDU/CSU.

Ainsi l’Allemagne reste sur le qui-vive au-vue de la situation politique sur le plan parlementaire vis-à-vis de l’évolution des négociations de coalition et au-vue de l’entrée fracassante de l’AfD au Bundestag et des conséquences qui en découlent. 

Par Klara Rüsing,

traduit de l'allemand par Clarisse Nabet