Mise en place du gouvernement en Allemagne - difficultés, incertitudes

Le résultat des élections du Bundestag en septembre 2017 en Allemagne a débouché sur une coalition composée des partis CDU/CSU, FDP et des Verts, aussi connue sous le nom de « la coalition Jamaïque » puisque les couleurs de ces quatre partis forment le drapeau jamaïcain. Les discussions exploratoires, pendant lesquelles les quatre partis devaient se mettre d’accord sur leurs idées du gouvernement, ont commencés le 18 octobre et ont fini tard dans la soirée du 19 novembre après 4 semaines, mis fin par le FDP. Christian Linder, chef du parti de FDP, fait part de cette rupture de discussion dans une communiqué de presse, expliquant que son parti n’est pas capable d’assumer la responsabilité d’être « l’esprit du papier exploratoire », ni disposé à abandonner les principes du parti ainsi que travail qui a été mené ces dernières années. « Il est préférable de ne pas gouverner du tout que de gouverner d’une mauvaise façon » a-t-il souligné plusieurs fois pendant sa déclaration.

Plusieurs grands thèmes furent discutés lors des discussions exploratoires ces dernières semaines comme l’impôt de solidarité, la reconduite à la frontière des demandeurs d’asile, le moteur à explosion et les centrales thermiques au charbon.  Le FDP a quitté les discussions à l’occasion des négociations autour du regroupement familial des titulaires du droit d’asile, argumentant que les quatre partis seraient responsables partiellement. L’Union et les Verts en revanche ont déploré la rupture des discussions car les négociations allaient dans le bon sens et un accord était potentiel selon eux.

On se demande tout de même ce qu’on va faire maintenant dans le gouvernement allemand. Une question qui n’est pas seulement intéressante pour les citoyens et les hommes et femmes politiques d’Allemagne mais aussi pour toute l’Europe car on connaît bien l’influence allemande sur les projets internationaux. Comme le FDP ne voit pas aucune chance d’une reprise des discussions, même après la conversation avec Frank-Walter Steinmeier, le président de la République fédérale, le mardi après-midi, trois possibilités d’une formation du gouvernement demeurent :

Une Grande coalition ; un gouvernement minoritaire ; des nouvelles élections.

La bonne solution pour l’Allemagne doit être décidée de façon imminente. Le fait que ces trois possibilités ne vont pas aboutir avec la même probabilité doit être pris en compte aussi.

Une de ces possibilités, la Grande Coalition, signifie une coalition entre le CDU/CSU et le SPD. Une coalition qui déjà formaient le gouvernement lors des deux dernières législatures. La probabilité d’une réalisation des discussions exploratoires entre l’Union et le SPD n’est pas facile à estimer. Une « GroKo » était déjà exclue comme possibilité directement après la déclaration des résultats le 24 septembre du côté du SPD. Le SPD n’est plus disposé à perdre son identité dans une collaboration avec l’Union. Il se voit plutôt dans l’opposition pour cette législature afin de retrouver sa propre identité. Même la rupture des négociations de la coalition Jamaïque n’a pas fait changer d’avis le SPD. Martin Schulz, chef du parti, affirme que ce serait Merkel qui affaiblirait ses partenaires et qui finirait toujours comme gagnante. Et pourtant, cette décision du SPD ne serait pas irrévocable. Après des conversations internes du parti, fixées pour la dernière semaine de novembre au sujet de la possibilité de s’ouvrir à une négociation avec l’Union, il sera plus facile d’estimer nos chances d’avoir une grande coalition comme gouvernement.

La deuxième possibilité, un gouvernement minoritaire, pourrait s’opérer sans l’Union et le FDP ou bien sans l’Union et les Verts. Dans le premier cas la coalition manquerait de 29 sièges et dans le second cas de 42 sièges pour le maintien de la majorité au Bundestag, ce qui signifie que le gouvernement devrait compter pour chaque décision sur les voix de l’opposition. Le gouvernement minoritaire n’est en réalité approuvé que par peu de politiques. Merkel affirme clairement qu’elle désire un gouvernement stabile pour l’Allemagne, ce qui n’est pas réalisable avec un gouvernement minoritaire. C’est pour cette raison que l’Union envisage cette possibilité comme invraisemblable.

La troisième et dernière possibilité serait de nouvelles élections, chemin long et semé d’embûches. Pour les politiques cette solution est à éviter, cela est également écrit dans la constitution allemande. Frank-Walter Steinmeier, président de la République fédérale, se réfèrent aux événements de l’année 1930 à Weimar. Cette année-là on fit de nouvelles élections et ces dernières contribuèrent à la victoire écrasante du NSDAP, parti d’Adolf Hitler, au parlement. Et cependant, de nouvelles élections serait une possibilité à ne pas sous-estimer, et ce, même si le chemin est encore long entre la situation actuelle et la mise en place de nouvelles élections. A quoi tout cela va-t-il bien pouvoir aboutir ?

Si le parti gagnant des élections est incapable de constituer un gouvernement dans les 100 premiers jours, on choisira en effet, selon la loi fondamentale 63 de la constitution de la République fédérale, un candidat à la chancellerie. Pour cela, le président de la République fédérale, en l’occurrence Frank-Walter Steinmeier, proposera un candidat à la chancellerie. Ce candidat doit être approuvé par au moins la moitié du Bundestag pour devenir chancelier. Si tel n’est pas le cas, on rentre dans une deuxième phase dans laquelle le Bundestag a deux semaines pour choisir un candidat à la majorité absolue.

Le nombre de tours de scrutin et de candidats étant illimité, le Bundestag peut au bout des deux semaines échouer quant à l’organisation d’un vote. Dans le cas où aucun candidat n’est élu avec la majorité absolue, un autre vote est organisé dans lequel on peut élire un candidat à la majorité relative. Ce dernier doit par la suite être nommé par le président de la République fédérale, ce qui encore une fois constituerait un gouvernement minoritaire. Le président peut bien entendu refuser de nommer le candidat et de nouvelles élections entrent en jeu. A cette étape-là, le président dissout le Bundestag et de nouvelles élections doivent avoir lieu dans les 60 prochains jours.

Indépendamment de l’opinion de nos politiciens du Bundestag, on a aussi cherché à connaître l’opinion des citoyens allemand. Que souhaite l’Allemagne ? le journal allemand « Die Zeit » a mené sur sa page internet un petit sondage auquel ont répondu presque 150 000 lecteurs. Ils représentent certes seulement une petite partie de la population allemande mais ils reflètent cependant assez fidèlement l’opinion générale. D’après ce sondage, 36,7% s’accordent pour de nouvelles élections, 43,9% pour la mise en place d’un gouvernement minoritaire et enfin 19,4% sont en faveur de la constitution d’un gouvernement avec la « Grande Coalition ». Des résultats similaires ont été constatés dans d’autres journaux allemands même si on remarque depuis le début de la semaine un engouement toujours plus important pour un gouvernement minoritaire ou pour une Grande Coalition. De plus en plus de citoyens semblent en effet sceptique quant à la mise en place de nouvelles élections.

Les décisions imminentes, qui seront prochainement prises en Allemagne, sont décisives pour l’avenir de la politique allemande mais aussi pour l’Union Européenne et également pour les relations internationales du pays. Ainsi, le président français fraichement élu, Emmanuel Macron, pâtit des hésitations quant à la constitution d’un gouvernement allemand, il comptait particulièrement sur une coopération franco-allemande, une partenaire politique stabile telle que Angela Merkel dans le but de réaliser ses promesses de campagnes tant en matière de politique international qu'en matière de politique intérieure. Ainsi par exemple, le Monde ou encore le Figaro s’inquiète de la situation politique Outre-Rhin. Un moment de bouleversements politiques instables, un changement de partis bien implantés au profit de nouveaux partis populistes de droite, comme ce fut le cas en France après Sarkozy et Hollande, voilà ce qui est craint mais en aucun cas souhaité en Allemagne.

L’Allemagne est également essentielle au sein de l’Union Européenne. Sur les réformes de l’UE annoncées pour décembre mais aussi pour la construction de la zone Euro, l’Allemagne pourra difficilement être présente, ce qui serait pourtant une nécessité absolue si elle ne veut pas devoir payer des réparations à outrance. En conséquence, continuer de mener une politique européenne active du côté de l’Allemagne est un critère essentiel pour que les décisions des prochaines étapes quant à la constitution d’un gouvernement soient prises avec sérieux. Ceci est d’une importance notoire non seulement pour l’Allemagne mais aussi pour la France et pour l’Europe entière.

Si la situation actuelle du gouvernement allemand évolue de façon catastrophique et devient un problème sur le long terme ? Cela ne se saura que dans les prochaines semaines. La décision qui sera prise par le SPD sur la mise en œuvre de discussions exploratoires avec l’Union joue un rôle intéressant et décisif, elle est vivement attendue dans les jours à venir.

Klara Rüsing

Traduit de l'allemand par Clarisse Nabet