Retour sur la conférence "Emmanuel Macron et la relance de l’Europe – les propositions allemandes et françaises"

Monsieur Ménudier a ouvert la conférence en soulevant un double paradoxe non négligeable :

Tout d’abord l’idée de la coopération européenne est remise en cause alors que les priorités du président français M. Emmanuel Macron en matière de politique internationale s’orientent vers des relations encore plus étroites avec l’Europe et l’Allemagne. Cette dernière connait actuellement une crise politique sans précédent et, de ce fait, ne fournit aucune réponse claire aux appels du président français et est plutôt dans l’attente d’une ouverture des discussions exploratoires entre les sociaux-démocrates et les chrétiens démocrates du pays. 

Rappelons en premier lieu que l’amitié franco-allemande est une idée relativement neuve aux vues du passé des deux pays. Depuis 1870 la France et l’Allemagne ont partagé soixante-quinze ans de guerre et de relations conflictuelles contre, depuis 1945, soixante-treize ans de paix. Cette équilibre politique demeure donc, du point de vue de l’Histoire, incertain. Aussi, la situation politique des autres pays européens est également fragile, l’apparition d’une guerre en Europe n’est donc pas à prendre à la légère : les flux migratoires ou la revendication de territoires (Ukraine) par exemple sont au cœur des préoccupations européennes.

Mais pourquoi les allemands et les français ont-ils décidé, dès la fin de la seconde guerre mondiale, d’enterrer la hache de guerre ?

Il est primordial de relever l’engagement profond des citoyens à œuvrer pour la paix. Aussi ce partenariat est né dans le contexte de la Guerre Froide, époque où les communistes étaient, notamment en France et en Italie, particulièrement influents. Cela constituait une véritable menace pour les Etats-Unis sous le président Truman et c’est pourquoi l’Europe occidentale et les États-Unis ont pris la décision de s’allier pour limiter cette montée du communisme.

 En 1949 naquit la République Fédérale d’Allemagne (sur les anciennes zones d’occupations françaises, anglaises et américaines). Cette dernière manifesta son intérêt pour l’Europe occidentale en vue de limiter l’influence du communisme et du bloc soviétique qui sévissait alors en Europe orientale. Le véritable tournant eut lieu le 9 mai 1950 lorsque le ministre des Affaires Étrangères, M. Schuman, inspiré par M. Monnet, premier commissaire au Plan, proposa la création d’une organisation européenne chargée de mettre en commun les productions françaises et allemandes de charbon et d'acier. Ce texte déboucha sur la signature, le 18 avril 1951du traité de Paris, traité qui a fondé la Communauté européenne du charbon et de l'acier entre six États européens. Cette déclaration est fêtée chaque année le 9 mai.

Le chancelier Konrad Adenauer et le président français Charles de Gaulle se rencontrèrent pour la première fois en septembre 1958, ils mirent en place des rencontres régulières accompagnés de leurs ministres respectifs et promurent la communication entre les représentants politiques de chaque pays, notamment en ce qui concerne les initiatives culturelles, économiques et militaires.

Lors de la signature du traité de l‘Élysée en 1963, l’instauration d’un Office Franco-Allemand pour la Jeunesse vit le jour. Ce dernier œuvre au service des partenariats franco-allemands entre les jeunes des deux pays, il est également l’un des symboles clés de la création d’une véritable communauté européenne avec toujours comme public cible la jeunesse. Ainsi on recense 3000 entreprises françaises en Allemagne et 4000 entreprises allemandes en France. Les partenariats et échanges linguistiques sont à l’origine d’un tel résultat. Ainsi, l’OFAJ promeut l’ouverture et les perspectives vers le pays partenaire notamment grâce à l’apprentissage de la langue. Travailler et/ou étudier à l’étranger est synonyme de perspectives d’avenir durables. De cela découla la création de nombreuses mises en place institutionnelles comme la création de centres franco-allemands ou encore d’un baccalauréat franco-allemand (Abibac) de part et d’autre du Rhin.

La construction de la communauté européenne est un véritable succès, de 6 membres à sa création, elle rassemble aujourd’hui 28 nations, unis autour d’un marché et de valeurs communes. De plus, l’Union Européenne est actuellement en négociation avec d’autres États qui souhaitent faire partie de cette dernière.

Cependant plusieurs menaces planent actuellement sur l’Europe :

- La crise économique de 2007-2008 a encore des répercussions non négligeables sur l’économie.

- La Grande-Bretagne a manifesté le désir de quitter l’Union Européenne, et ce, malgré son statut particulier.

- La politique extérieure américaine sous le président Trump peut être dangereuse.

- On remarque une montée des partis d’extrême-droite un peu partout en Europe.

- Le triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne) perd de l’élan.

- La menace terroriste se fait sentir à l’intérieur et à l’extérieur du territoire.

- Une guerre sévit en Ukraine et la Russie ne suit pas les accords européens.

De plus, le pourtour méditerranéen est au cœur de nombreux conflits (sociaux, économiques, politiques et religieux).

C’est dans ce contexte que le président français Emmanuel Macron a fait part de ces objectifs quant à une coopération franco-allemande et européenne toujours plus étroite. Il souhaite une meilleure coordination dans tous les secteurs, davantage d’ouverture sur le monde, la mise en place d’une confiance unilatérale avec l’Allemagne ainsi qu’un refus du nationalisme. Pour cela, il propose une Europe toujours plus unie et démocratique ainsi que davantage d’efforts dans la défense et la coopération militaire en luttant contre la menace terroriste à l’aide d’un contrôle des frontières toujours plus présent.

Il souhaiterait également que l’Allemagne et la France coopérèrent toujours plus étroitement dans le domaine de l’écologie, pour une zone euro mieux organisée et solidaire, pour la culture et l’éducation à un niveau européen en permettant à chaque étudiant de partir au moins un semestre dans un pays étranger, pour la mise en place de conventions démocratiques et des efforts de la part de chaque membre de l’Union Européenne.

Ainsi, le président Macron se différencie de ces deux prédécesseurs en choisissant comme priorités le sort et l’avenir de l’Union Européenne. Et c’est dans cette perspective que la coopération franco-allemande doit jouer un rôle clé, suscitant de ce fait de grandes attentes.